Avec mon collègue Yohan, nous avons récemment plongé dans la fameuse formation OPTIM — ce passage obligé pour toute personne qui met un pied en milieu pénitentiaire. Autant vous dire qu’on n’était pas là pour faire du tourisme : cette session, c’est le kit de survie officiel pour comprendre les règles, les réflexes et l’attitude à adopter dans un environnement où la sécurité n’est pas un chapitre, mais la priorité absolue. Une matinée dense, parfois déroutante, souvent instructive… et clairement indispensable pour tous ceux qui accompagnent la population carcérale.
Qui est concerné ?
Cette formation est spécifiquement conçue pour nous, les intervenants extérieurs. Parmi les profils qui y participent, nous retrouvons :
• Les professionnels du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP) (Coordinateur d’activités culturelles, CIP, Chargé d’accueil et d’animation, etc.).
• Les personnels de l’unité sanitaire (médecin, etc.).
• Les visiteurs de prison…
🚨 L’enjeu de la sécurité : les risques encourus
Une des premières informations qui nous est donnée, c’est que le non-respect des règles établies peut avoir des conséquences judiciaires gravissimes : les condamnations peuvent aller jusqu’à 15 ans de prison et 225 000 euros. Quand on te dit que la sécurité n’est pas une option…
⚖️ Connaître son terrain : L’Administration Pénitentiaire (AP)
Avant de se concentrer sur les règles, il est essentiel de comprendre où nous mettons les pieds.
Les Missions Clés de l’AP
Le Service Public Pénitentiaire, sous l’égide du Ministère de la Justice, assure trois missions principales :
1. La Surveillance : Assurer le maintien en détention des personnes confiées par l’autorité judiciaire (avant ou après jugement).
2. La Prévention de la Récidive : Menée par l’ensemble des personnels, y compris le SPIP.
3. L’Insertion et la Réinsertion : Contribuer à l’insertion des personnes, en assurant le suivi des mesures et peines, souvent en collaboration avec nous, les partenaires publics et associatifs.
L’objectif est d’assurer l’individualisation et l’aménagement des peines des personnes condamnées.
🗺️ Les différents types d’établissements (pour ne pas se tromper)
Il est crucial de connaître la distinction entre les lieux de détention:
| Type d’Établissement | Public Accueilli | Le piège à connaître (Réalité Terrain) |
| Maison d’Arrêt (MA) | Personnes prévenues (en attente de jugement) ou condamnées à moins de deux ans. | En raison de la surpopulation carcérale, les MA accueillent souvent des personnes condamnées à de très longues peines (ex. : 17 ans) qui attendent qu’une place se libère en CD ou MC. On y trouve donc « tout public ». |
| Centre de Détention (CD) | Établissements pour peine. Peines allant jusqu’à 10-15 ans. | Les établissements pour peine ne sont pas en surpopulation carcérale. |
| Maison Centrale (MC) | Établissements pour peine. Réservées aux lourdes peines, jusqu’à la perpétuité. | Ne sont pas en surpopulation. |
| Quartiers de Semi-Liberté (QSL) | Les détenus travaillent la journée et reviennent incarcérés le soir. | Rattaché à l’établissement principal (ex. : à Villeneuve, il est derrière le tribunal). |
| Structure d’Accompagnement à la Sortie (SAS) | Déténus dont l’objectif est de préparer la sortie. | Rattachée au CP de Villeneuve-lès-Maguelone. |
🚧 Tes Règles d’Intervention et de Sécurité
Que nous soyons en détention pour un atelier, un entretien CIP ou un rendez-vous médical, ces règles ne sont pas négociables.
L’Accès à l’Établissement : Le contrôle est ROI 👑
Pour entrer, nous avons besoin d’une vérification d’identité et d’une autorisation d’accéder.
| Ce qui est Strictement Interdit en Détention | Conséquences et Alternatives |
| Téléphones portables, argent, ordinateurs portables, clés USB, sacs à main. | Une autorisation de la direction est nécessaire pour un téléphone de permanence ou un ordinateur (cas spécifiques). |
| Objets métalliques | Nous devons passer sous le portique de détection (magnétomètre). Même les bijoux en or massif peuvent sonner, il faut les déposer. |
| Dons, cadeaux, objets | Il est interdit d’accepter quoi que ce soit d’un détenu ou de sa famille (même un petit chocolat à Noël !). |
Le clin d’œil malin : Pour les documents professionnels (comme un CV que nous avons aidé à rédiger), nous ne pouvons pas le donner directement. Pour être sûr que le détenu le reçoive légalement, nous devons passer le document par le service Vaguemestre pour vérification avant transmission.
Les Moyens d’Alerte : Ton API, ton bouclier
Nous devons impérativement porter l’Alarme Portative Individuelle (API) sur nous en détention.
En cas d’alarme générale, voici ce qu’il faut faire :
1. Mets-toi en sécurité.
2. Rapproche-toi des personnels de surveillance (ne te cache pas !).
3. Suis leurs consignes.
4. Il est interdit de quitter l’établissement sans l’autorisation de l’encadrement (l’agent à la dernière porte ne te laissera pas sortir sans ordre).
Les Réflexes Sécurité qui sauvent des vies (et des carrières)
• L’Effet SAS : Tiens compte des délais de sécurité. Quand une porte est ouverte, celle d’en face ne peut pas l’être. Ne jamais tenir les grilles ouvertes ou entrouvertes par politesse, car cela bloque l’ensemble du système de sas et la progression d’autres agents. Si tu vois une grille ouverte en Maison d’Arrêt, ferme-la.
• Confidentialité Absolue : Ne jamais évoquer ta situation personnelle, ni celle d’autres intervenants, en présence des détenus. Les murs ont des oreilles, et les informations privées ne regardent pas la population pénale.
Code de Déontologie : Les règles de posture 🤝
Ces prescriptions réglementaires font partie du code de déontologie du service public pénitentiaire (qui s’applique à tous ceux qui travaillent en établissement).
1. Le Vouvoiement est Non-Négociable : Privilégie le vouvoiement pour maintenir une distance professionnelle et une barrière hiérarchique. Le tutoiement, même s’il est courant entre les détenus et certains surveillants, est prescrit et crée une relation de « copains » non souhaitée.
2. Zéro Communication Clandestine : Ne permets ni ne facilite aucun message irrégulier entre les détenus et l’extérieur, ou entre détenus (y compris un petit mot pour un « copain » du bâtiment d’à côté).
3. Neutralité Juridique Totale : Tu ne dois jamais influencer la défense d’un détenu, même s’il est perdu (surtout les primaires) et te demande un bon avocat. Nous devons rester neutres. Nous pouvons seulement les diriger vers l’Ordre du Barreau des avocats qui est affiché.
4. Signalement Obligatoire : Si tu connais personnellement une personne détenue (famille, voisin), tu dois absolument le signaler à la direction. La personne détenue sera alors transférée sur un autre établissement. C’est une nouvelle exigence du décret de juillet 2024.
5. Respect Absolu : Ne te livre pas à des actes de violence, d’injures, ou de langage grossier.
Notre rôle et notre engagement
OPTIM nous rappelle que notre travail d’insertion et de réinsertion est mené dans un environnement où la sécurité est la première mission de l’État.
Comprendre l’environnement (surpopulation, effets de sas, rôle du vaguemestre) et respecter ces règles (le vouvoiement, la confidentialité, l’absence de favoritisme) nous permet de créer un cadre de travail sécurisé et professionnel, essentiel pour que nous puissions concentrer nos efforts sur l’accompagnement.
Alors, maintenant que nous avons le kit de survie en poche, passons à l’étape suivante : comment transformer cette connaissance en un accompagnement encore plus pertinent pour les personnes détenues ? C’est ça le cœur de notre mission ! 💪























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