La rentrée 2026 s’ouvre dans un contexte paradoxal. Le chômage augmente et l’emploi salarié ralentit, mais les entreprises prévoient toujours près de 2,3 millions de recrutements. Pour les conseillers en insertion professionnelle, l’enjeu n’est donc pas seulement de suivre de nouveaux dispositifs : il faut surtout ajuster les diagnostics, mieux cibler les employeurs et sécuriser davantage les parcours.
Les chiffres à retenir en cette rentrée
Au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail atteint 8,3 %, soit 0,2 point de plus qu’au trimestre précédent et 0,7 point de plus sur un an. La France compte environ 2,7 millions de personnes au chômage au sens du BIT.
- Le chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %.
- Celui des 25-49 ans s’établit à 7,5 %.
- Pour les 50 ans et plus, il atteint 5,5 %.
- Le chômage de longue durée progresse à 2,1 % de la population active.
L’emploi salarié est, de son côté, quasi stable au deuxième trimestre : −0,1 %, soit 23 500 emplois en moins. Sur un an, le secteur privé recule de 0,4 %. La baisse touche particulièrement les jeunes et l’alternance, tandis que l’emploi des seniors continue de progresser.
Ce que cela change pour les CIP : un diagnostic ne peut plus reposer uniquement sur la motivation ou la qualité du CV. Il doit intégrer l’âge, le territoire, le secteur visé, la durée d’inactivité et la capacité de la personne à se repositionner vers des métiers accessibles.
Des recrutements moins nombreux, mais encore massifs
L’enquête Besoins en main-d’œuvre 2026 de France Travail recense environ 2,275 millions de projets de recrutement. Ce volume baisse de 6,5 % par rapport à 2025, mais il reste considérable.
- 23 % des établissements prévoient de recruter.
- 43,8 % des recrutements sont jugés difficiles par les employeurs.
- Deux recrutements sur trois devraient être réalisés par des TPE ou des PME.
- La santé représente environ 322 000 projets et progresse légèrement.
La baisse nationale ne signifie donc pas l’absence d’opportunités. Elle impose une lecture plus fine, bassin d’emploi par bassin d’emploi. Les données BMO doivent devenir un outil de préparation des entretiens, des ateliers collectifs et de la prospection entreprise.
France Travail et le Réseau pour l’emploi : renforcer la coordination
La rentrée confirme la logique engagée par la loi pour le plein emploi : France Travail, Missions Locales, Cap emploi, Apec, conseils départementaux et partenaires locaux sont appelés à mieux coordonner leurs interventions. L’inscription plus large de certains publics modifie aussi les statistiques administratives. Elle doit être distinguée de l’évolution du chômage au sens du BIT.
Au deuxième trimestre 2026, la Dares comptabilise en moyenne 5 801 500 inscrits en catégories A, B et C, c’est-à-dire tenus de rechercher un emploi. Ce chiffre ne se compare pas directement aux 2,7 millions de chômeurs au sens du BIT : les définitions et les périmètres sont différents.
Pour le CIP, la coordination ne doit pas se réduire à orienter une personne vers un autre opérateur. Une orientation utile doit préciser l’objectif, le service attendu, le délai et la manière dont le suivi sera repris.
Jeunes : AvenirPro prend une place plus structurée
Une convention nationale signée en avril 2026 structure davantage le dispositif AvenirPro. Il associe notamment l’Éducation nationale, le ministère du Travail, France Travail et l’Union nationale des Missions Locales afin de mieux accompagner les lycéens professionnels vers l’emploi.
Dans un contexte où le chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %, les passerelles entre établissement scolaire, Mission Locale, France Travail et employeurs deviennent centrales. Pour les professionnels, cela suppose de travailler plus tôt sur la valorisation des compétences, la connaissance du marché local et la préparation des premiers contacts avec les entreprises.
Apprentissage : les aides 2026 à expliquer aux employeurs
Pour les contrats conclus entre le 8 mars et le 31 décembre 2026, les aides dépendent de la taille de l’entreprise et du niveau de qualification préparé. Elles sont versées au titre de la première année du contrat.
- Dans les entreprises de moins de 250 salariés, l’aide unique peut atteindre 5 000 € pour certaines certifications de niveaux 3 ou 4.
- Pour les autres formations, l’aide exceptionnelle peut atteindre 4 500 € au niveau 5 et 2 000 € aux niveaux 6 ou 7, sous les conditions prévues.
- Dans les entreprises de 250 salariés et plus, les montants vont de 750 € à 2 000 € selon le niveau préparé et les conditions d’éligibilité.
- Pour l’embauche d’un apprenti en situation de handicap, l’aide peut atteindre 6 000 €.
Ces montants peuvent faciliter la prospection, mais ils ne doivent jamais être présentés isolément. Avant de solliciter une entreprise, vérifiez la date du contrat, son effectif, le niveau de certification et les éventuelles conditions particulières.
Cinq priorités concrètes pour nous, les CIP
1. Actualiser le diagnostic territorial
Comparez les données nationales avec celles de votre bassin d’emploi. Repérez les métiers qui recrutent, mais aussi les conditions d’accès réelles : mobilité, horaires, qualification, santé et maîtrise du numérique.
2. Segmenter davantage les plans d’action
Les jeunes, les seniors, les bénéficiaires du RSA et les personnes durablement éloignées de l’emploi ne rencontrent pas les mêmes obstacles. Définissez un objectif principal pour les trente prochains jours et deux actions observables plutôt qu’une longue liste de démarches.
3. Reprendre contact avec les TPE et PME
Puisqu’elles concentrent deux projets de recrutement sur trois, les petites et moyennes entreprises doivent occuper une place centrale dans la prospection. Proposez une réponse précise : présélection, immersion, adaptation du poste, formation préalable ou sécurisation de l’intégration.
4. Transformer les tensions en parcours de compétences
Un métier en tension n’est pas automatiquement accessible. Identifiez l’écart entre les compétences détenues et celles attendues, puis choisissez l’outil adapté : immersion, formation courte, POEI, alternance, VAE ou accompagnement renforcé.
5. Mesurer autrement que par le retour immédiat à l’emploi
Dans un marché moins dynamique, les progrès intermédiaires comptent : projet clarifié, mobilité résolue, certification engagée, premier contact employeur, immersion réalisée ou meilleure autonomie numérique. Ces étapes doivent être visibles dans le suivi.
La checklist de rentrée du CIP
- Mettre à jour les chiffres du chômage et de l’emploi pour son territoire.
- Extraire les principaux métiers et secteurs de la BMO 2026 locale.
- Actualiser les informations sur l’apprentissage et les aides employeurs.
- Identifier les interlocuteurs opérationnels du Réseau pour l’emploi.
- Recontacter dix TPE-PME avec une proposition de service précise.
- Préparer un atelier court sur les métiers qui recrutent localement.
- Programmer une mise à jour de cet article après les chiffres du troisième trimestre.
À retenir
La rentrée 2026 n’est ni une rentrée sans débouchés, ni un simple retour à la normale. Le chômage progresse, l’emploi salarié ralentit et les recrutements diminuent, mais les besoins restent élevés et souvent difficiles à satisfaire. La valeur ajoutée du CIP consiste plus que jamais à relier les réalités d’un territoire, les compétences d’une personne et les besoins concrets d’un employeur.
Sources officielles
- Insee — Chômage au sens du BIT, deuxième trimestre 2026
- Insee — Estimations trimestrielles d’emploi, deuxième trimestre 2026
- France Travail — Enquête BMO 2026
- Dares — Les inscrits à France Travail au deuxième trimestre 2026
- Ministère du Travail — Évolution du dispositif AvenirPro
- Ministère du Travail — Aides 2026 aux employeurs d’apprentis























🧪 Vos réactions sont notre meilleur carburant.