Ce jour où une bénéficiaire m’a rappelé pourquoi je fais ce métier
Il y a des phrases qui vous percutent sans prévenir.
Un mardi matin pas très différent des autres, au milieu d’un accompagnement qui patinait un peu, une jeune femme – appelons-la Lila – m’a regardé droit dans les yeux et m’a balancé :
« Pourquoi vous continuez à y croire pour moi ? »
🧠 Temps de latence dans mon cerveau : 2 secondes
Deux secondes pendant lesquelles je suis passé par :
- « Euh… bonne question. »
- « Est-ce que je dois répondre sérieusement ? »
- « Et moi, est-ce que j’y crois encore, là, tout de suite ? »
- « Minute, là c’est profond, non ? »
- « Respire Gérald, fais ton CIP. »
🔍 L’évidence derrière la question
En fait, cette question, elle ne parlait pas de moi.
Elle parlait d’elle. De ce qu’elle ne voyait plus. De ce qu’elle pensait ne plus mériter.
Parce qu’elle avait entendu trop de fois qu’elle « n’était pas motivée »,
qu’elle « ne savait pas ce qu’elle voulait »,
qu’« à son âge, il serait peut-être temps de se bouger ».
(Elle avait 22 ans, deux enfants, et une histoire de vie à faire pleurer un contrôleur CAF.)
💡 Ce jour-là, j’ai compris un truc fondamental
Dans notre métier, on est parfois les derniers à y croire.
Quand le système sature, que les droits s’effilochent, que les rendez-vous s’enchaînent sans issue…
On reste là.
Pas toujours avec des solutions miracles.
Mais avec une présence, une voix, une écoute qui dit :
« Je te vois encore. Je te juge pas. Et je pense que tu vaux le coup. »
C’est tout bête.
Mais c’est énorme.
🚀 L’accompagnement, ce n’est pas seulement aider.
C’est croire pour deux.
Croire même quand ça tangue.
Croire même quand tu relances 4 fois et que t’as 0 réponse.
Croire même quand t’as toi-même envie de lever le pied et d’envoyer valser tous les tableaux de suivi.
On n’est pas des super-héros.
Mais parfois, on devient les garants d’une petite étincelle de foi.
Et, magie : ça rallume doucement la mèche chez l’autre.
✏️ Et après ?
Lila n’a pas trouvé un CDI.
Elle n’a pas intégré un super dispositif.
Elle n’a pas fait un post viral LinkedIn avec un diplôme en main.
Mais elle est revenue.
Avec un sourire et un « je suis prête à essayer ».
Et franchement, ce jour-là, c’était déjà énorme.
📌 À retenir (et à relire les jours de doute)
| Ce qu’elle m’a appris | Pourquoi c’est important |
|---|---|
| « Y croire pour deux », c’est déjà une posture pro | Ce n’est pas de la naïveté, c’est de l’engagement |
| L’écoute active fait parfois plus que 10 fiches Action Logement | Le lien humain précède la mise en lien administratif |
| On est souvent plus utiles qu’on le pense | Même quand on n’a pas “résolu” une situation |
| Le doute fait partie du métier | Et ça veut dire qu’on est vivant |
| Les phrases des bénéficiaires sont nos meilleurs formateurs | À condition de les entendre |
🤔 Et vous ?
Quel·le bénéficiaire vous a, un jour, retourné le cerveau ?
Quel moment vous a rappelé pourquoi vous faites ce métier ?
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